Cette dénomination est abusive : tous les aciers contiennent du carbone. On a cependant pris l'habitude d'appeler acier "carbone" un acier non inoxydable. On le trouve traditionnellement sur les couteaux régionaux. Certains ne jurent que par lui, pour son caractère authentique et sa soi-disant facilité à être affûté. "Soit-disant", car le carbone ne fait pas tout...
Quelques dénominations communes d'aciers "carbone" : XC75, C130, A2, D2 (que l'on place parfois parmi les "semi-inox"), White paper steel, Blue paper steel (Japon)...
Là encore, c'est un abus de langage : le chrome (entre autres) contenu dans ces aciers les rend plus résistants à la corrosion, mais n'en fait jamais des aciers totalement inoxydables. En Anglais, on parle de "stainless steel", littéralement "acier sans tache".
On rencontre de plus en plus d'aciers frittés, issus de la "métallurgie des poudres" : sous forme de poudres, il est possible de combiner les composants d'un acier dans les proportions exactes désirées. Elles sont compactées sous très haute pression, puis "cuites" à des températures précises.
Ces aciers hautement technologiques sont réputés pour être très durs et très résistants ; le tranchant nécessite donc peu d'entretien. La contrepartie : quand vient le moment d'affûter la lame, l'exercice est réputé moins facile qu'avec des aciers plus "tendres"... Mais on trouve des exceptions.
Quelques dénominations communes d'aciers "inox" : Sandvik 12c27 (acier suédois employé sur beaucoup de régionaux français), 154CM, 19c27, ATS34, Aus-8, Gin-1 (ou G2), VG10, SGPS (utilisé par Fällkniven), S30V, 440C...
L'acier de coutellerie idéal ? Dur mais capable d'encaisser les chocs sans casser, facile à affûter mais offrant un tranchant durable ; autant de caractéristiques difficiles à concilier. D'où l'idée de combiner au moins deux aciers différents possédant chacun certaines des qualités recherchées.
Le principe : un coeur de lame en acier dur (typiquement du VG10) encadré par des couches d'aciers plus tendres, le tout soudé au borax.
Wootz et damas sont parfois assimilés, à tort : ces procédés ont seulement en commun de dessiner des motifs plus ou moins réguliers sur la lame.
Le wootz
Egalement appelé "bulat" en Russie, il s'agit d'un alliage ancien provenant d'Inde. Certains forgerons modernes tentent de remettre le wootz au goût du jour, même si les secrets de fabrication originels sont malheureusement oubliés.
La technique du wootz consiste à chauffer dans un creuset fer, charbon, et autres impuretés : certaines sont ajoutées volontairement (comme des feuilles de végétaux, qui dégageront de l'hydrogène); d'autres impuretés, comme des métaux, sont présentes naturellement dans le minerai utilisé. Après fusion, le mélange est refroidi très lentement, pour permettre une diffusion la plus homogène possible du carbone dans la matière.
Très apprécié au moyen-âge, le wootz était exporté ; il a fait la réputation des armes blanches utilisées au proche-orient pendant les croisades... D'où le nom de "Damas", désignant un acier assez proche visuellement du wootz.
Le damas
Pour fabriquer un damas, plusieurs aciers de duretés différentes sont empilés : le bloc obtenu est étiré, parfois torsadé, replié sur lui-même... Ces opérations se répétant jusqu'à obtenir plusieurs centaines de couches.
Un traitement à l'acide, qui va creuser superficiellement les couches d'acier tendre affleurant à la surface de la lame, permettra de révéler des lignes et motifs plus ou moins géométriques.
Remarque : ne pas confondre une lame "damassée", ce dont il est question ici, avec une lame "damasquinée". Le damasquinage est une technique d'incrustation d'une matière dans une autre, dans un but purement décoratif.
Le faux damas
Contrairement au "vrai damas", artisanal, le "faux damas" s'obtient par un laminage industriel des différentes couches d'acier. C'est le procédé utilisé par exemple par Mcusta, fabricant japonais dont les couteaux sont réputés avoir un tranchant d'excellente qualité.
Alliages "cobalt-chrome"
Stellite et talonite sont des alliages comportant de fortes proportions de cobalt. Résultat : une résistance à la corrosion plus importante que pour des inox classiques. Les lames obtenues sont plus tendres qu'avec des aciers ; paradoxalement, le pouvoir de coupe est comparable à celui d'aciers frittés de haute technologie, et durable.
Lames céramiques
Les technologies modernes permettent d'obtenir des matériaux céramiques très tranchants. Un bémol : les lames sont souvent cassantes. Et la motivation qui pousserait à porter un couteau avec lame céramique est discutable : est-ce juste pour passer les portails de détection de métaux ?
Il n'y pas de réponse convenable à cette question. Quelques considérations, en vrac :
Ce sont surtout votre goût esthétique, votre sensibilité à l'innovation technique et votre budget qui guideront votre choix. En sachant qu'il vaut souvent mieux acheter la renommée et le savoir technique d'un fabricant plutôt qu'un type d'acier.