Aiguisage

Aiguisage, affûtage, affilage ? - Le matériel - Conseils (le "bon" geste)
Taillant, fil

Aiguisage, affûtage, affilage ?

Pour les puristes :

  • L'affûtage permet de refaire le taillant en enlevant une fine couche de métal sur toute la longueur, et de reformer le fil ;
  • L'affilage consite à conserver le plus longtemps possible le fil (qui peut se retourner, onduler, s'ébrécher, s'arrondir, etc.), ainsi que l'angle du taillant formé par l'affûtage ;
  • L'aiguisage regroupe ces deux opération.
  • Un professionnel sera sans doute sensible aux subtilités qu'impliquent telle ou telle action. Mais si vous êtes comme moi, vous aurez du mal à déceler si vous intervenez sur le taillant, le fil... Ou peut-être bien un peu les deux. Franchement, je préfère les définitions déculpabilisantes de mon dictionnaire :

  • Affiler : "rendre tranchant, aiguiser un couteau, etc."
  • Affûter : "aiguiser des outils."
  • Aiguiser : "rendre aigu, tranchant."
  • Comme nous sommes entre nous, vous ne m'en voudrez pas d'utiliser "aiguisage", "affilage" et "affûtage" de manière interchangeable.

    Le matériel

    A proscrire :

    A éviter

  • L'usage d'une meule, d'une ponceuse ou d'un accessoire de perceuse : un grain trop grossier fait plus de dégâts qu'autre chose ; une vitesse de rotation trop importante risque de chauffer la lame et de réduire à néant les bénéfices du traitement thermique ;
  • A fortiori, tout appareil électrique vendu en VPC comme "solution miracle" ;
  • Les "pierres à faux" proposées en rayon jardinerie ou bricolage, trop grossières ;
  • Les fusils métalliques à mèche crénelée, qui endommagent le fil.
  • A la place, utilisez plutôt :

  • Une pierre naturelle ou reconstituée, à grain très fin, de type "pierre de coticule" ou "pierre d'Arkansas" ;
  • Encore mieux, un jeu complet de pierres, ce qui vous permetta d'affiner l'aiguisage de la lame en la passant sur des grains de plus en plus fins (note : plus le n° est bas, plus le grain est grossier) ;
  • Pour les joueurs, le "truc" de la toile émeri (grain 800 ou au-dessus de préférence) fixée sur un morceau de carton fort ou un tapis de souris ;
  • Les fusils en céramique, pour un entretien léger ;
  • Les kits proposés par certains fabricants américains : non seulement vous pourrez fignoler votre ouvrage par des passages sur des matières de moins en moins abrasives, mais vous pourrez maîtriser l'angle d'affûtage grâce à des guides ;
  • Pierre double face
  • Les pierres à double face : une face diamantée pour le "gros oeuvre", une face céramique pour la finition, ou l'entretien de fils pas trop abîmés ;
  • Pour les perfectionnistes, un cuir à rasoir, dont une face est enduite de pâte à polir.
  • Mes petits conseils

    Autant vous l'avouer tout de suite, j'aime les solutions de fainéants : simples, peu encombrantes et pas ruineuses. Les kits peuvent valoir cher et les pierres nécessitent d'être humectées et aplanies régulièrement. C'est pourquoi j'ai définitivement adopté une pierre double-face (diamant + céramique) qui s'utilise à sec et peut être emportée partout : la "DC4" du coutelier suédois Fällkniven. Ceci n'est pas de la publicité : d'autres pierres équivalentes existent sur le marché.

    Pour aiguiser, on passe d'abord la lame sur la face diamantée, puis sur la céramique pour la finition (en particulier pour ôter le morfil, formé par l'accumulation de particules le long du fil). Pour des couteaux régulièrement entretenus, les passages sur la face diamantée sont superflus.

    Le "bon" geste

    Aiguisage

    Que l'on passe la lame sur la surface diamantée ou la céramique, l'important est de travailler :

  • De manière stable : tenir la pierre fermement d'une main, à défaut de pouvoir la poser sur un support plan ;
  • Sans forcer : si on appuie trop, il est difficile de maintenir la même pression sur toute la longueur du taillant ;
  • En faisant le même nombre de passages d'un côté et de l'autre de la lame, et en ayant le geste le plus régulier possible ;
  • En poussant fil vers l'avant pour une face, et tirant fil vers soi pour l'autre : comme si vous deviez détacher des copeaux de votre pierre ;
  • En conservant le même angle entre le taillant et la pierre tout au long de l'aiguisage. Ce point est le plus délicat et le plus crucial.
  • Choisir l'angle

    Aiguisage

    Il faut "choisir" l'angle, ou plus exactement retrouver l'angle initial du taillant, qui est propre à chaque couteau. Quelques astuces :

  • Mettez la lame à plat par rapport à la pierre ; généralement, il suffit de soulever le dos de la lame d'une hauteur équivalente à son épaisseur.
  • A l'oeil, essayez de faire en sorte que la lame et la pierre fassent un angle d'environ 30° ;
  • Passez un coup de feutre sur le taillant : après quelques mouvements de va-et-vient, vous verrez si l'encre part (auquel cas vous avez trouvé le bon angle d'attaque)... Ou pas (et alors l'angle est trop aigu ou trop obtus).
  • A la longue, vous sentirez d'instinct si l'angle est correct à la façon dont la lame "accroche" la pierre.
  • Conserver l'angle

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    Mon conseil : évitez les rotations du poignet ! Placez vous au-dessus de la pierre. Déplacez la lame avec un mouvement de translation. Si vous ne cassez pas le poignet, il y a fort peu de chance que l'angle d'attaque soit modifié.

    Restez concentré jusqu'à la fin de votre mouvement. Sur la plupart des couteaux, le fil remonte vers la pointe, et on est alors tenté de faire faire un arc de cercle à la lame. Et dans ce cas, on a tendance à "l'écraser" contre la pierre, donc à rendre l'angle d'affûtage trop aigu... Et à rayer le bout de la lame.

    Au lieu de casser le poignet... Levez plutôt le coude ! En soulevant le manche du couteau, vous maintiendrez l'angle de contact entre le fil et la pierre, toujours dans le même mouvement de translation.

    En tout cas, ça marche pour moi. L'essentiel est que vous trouviez aussi "votre" geste, celui qui vous permettra de maintenir un angle régulier. Par précaution, faites-vous la main sur un couteau de moindre valeur, que vous ne craignez pas de rayer !

    Polissage au cuir

    Je peaufine parfois l'aiguisage par un passage sur un cuir "maison" : taillé dans une languette de chaussure, enduit de "polish" et fixé à une planchette. Pas beau, mais efficace. Tranchant "rasoir" garanti !

    Le geste à accomplir est l'inverse de celui décrit avec une pierre. Le mouvement de va-et-vient est "fuyant" : dos de la lame vers l'avant quand on pousse, dos de la lame vers soi quand on tire.

    Pour en savoir plus, je vous engage à lire un ouvrage du XVIIIème siècle : La Pogonotomie de Jean-Jacques Perret. Ce manuel de rasage, écrit par un maître coutelier expert en instruments de chirurgie, aborde entres autres la question de l'aiguisage... Passionnant !

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