Aiguisage, affûtage, affilage ?
Pour les puristes :
Un professionnel sera sans doute sensible aux subtilités qu'impliquent telle ou telle action. Mais si vous êtes comme moi, vous aurez du mal à déceler si vous intervenez sur le taillant, le fil... Ou peut-être bien un peu les deux. Franchement, je préfère les définitions déculpabilisantes de mon dictionnaire :
Comme nous sommes entre nous, vous ne m'en voudrez pas d'utiliser "aiguisage", "affilage" et "affûtage" de manière interchangeable.
A proscrire :
A la place, utilisez plutôt :
Autant vous l'avouer tout de suite, j'aime les solutions de fainéants : simples, peu encombrantes et pas ruineuses. Les kits peuvent valoir cher et les pierres nécessitent d'être humectées et aplanies régulièrement. C'est pourquoi j'ai définitivement adopté une pierre double-face (diamant + céramique) qui s'utilise à sec et peut être emportée partout : la "DC4" du coutelier suédois Fällkniven. Ceci n'est pas de la publicité : d'autres pierres équivalentes existent sur le marché.
Pour aiguiser, on passe d'abord la lame sur la face diamantée, puis sur la céramique pour la finition (en particulier pour ôter le morfil, formé par l'accumulation de particules le long du fil). Pour des couteaux régulièrement entretenus, les passages sur la face diamantée sont superflus.
Le "bon" geste
Que l'on passe la lame sur la surface diamantée ou la céramique, l'important est de travailler :
Choisir l'angle
Il faut "choisir" l'angle, ou plus exactement retrouver l'angle initial du taillant, qui est propre à chaque couteau. Quelques astuces :
Conserver l'angle
Mon conseil : évitez les rotations du poignet ! Placez vous au-dessus de la pierre. Déplacez la lame avec un mouvement de translation. Si vous ne cassez pas le poignet, il y a fort peu de chance que l'angle d'attaque soit modifié.
Restez concentré jusqu'à la fin de votre mouvement. Sur la plupart des couteaux, le fil remonte vers la pointe, et on est alors tenté de faire faire un arc de cercle à la lame. Et dans ce cas, on a tendance à "l'écraser" contre la pierre, donc à rendre l'angle d'affûtage trop aigu... Et à rayer le bout de la lame.
Au lieu de casser le poignet... Levez plutôt le coude ! En soulevant le manche du couteau, vous maintiendrez l'angle de contact entre le fil et la pierre, toujours dans le même mouvement de translation.
En tout cas, ça marche pour moi. L'essentiel est que vous trouviez aussi "votre" geste, celui qui vous permettra de maintenir un angle régulier. Par précaution, faites-vous la main sur un couteau de moindre valeur, que vous ne craignez pas de rayer !
Polissage au cuir
Je peaufine parfois l'aiguisage par un passage sur un cuir "maison" : taillé dans une languette de chaussure, enduit de "polish" et fixé à une planchette. Pas beau, mais efficace. Tranchant "rasoir" garanti !
Le geste à accomplir est l'inverse de celui décrit avec une pierre. Le mouvement de va-et-vient est "fuyant" : dos de la lame vers l'avant quand on pousse, dos de la lame vers soi quand on tire.
Pour en savoir plus, je vous engage à lire un ouvrage du XVIIIème siècle : La Pogonotomie de Jean-Jacques Perret. Ce manuel de rasage, écrit par un maître coutelier expert en instruments de chirurgie, aborde entres autres la question de l'aiguisage... Passionnant !